« Culture près de chez vous » : Deux pièces de la BnF à Châteauneuf-sur-Loire au printemps 2019

BNF

Bibliotheque paris / BNF 63 Views comments

Dans le cadre du plan « Culture près de chez vous » du ministère de la Culture, la Bibliothèque nationale de France prête deux pièces de ses collections au musée de la marine de Loire de Châteauneuf-sur-Loire. Une chaîne d’entrave d’esclaves du XVIIIe siècle ainsi que deux tomes de De la traite et de l’esclavage des noirs et des blancs, par un ami des hommes de toutes les couleurs de l’Abbé Grégoire seront exposés dans le parcours permanent du musée, du 1er mars au 1er septembre 2019.

Chaîne d’entrave d’esclave (carcan négrier), XVIIIe siècle, fer forgé. BnF, Arsenal

Des documents patrimoniaux relatifs à la mémoire de l’esclavage et de son abolition

La BnF possède dans ses collections, à la Bibliothèque de l’Arsenal, un ensemble très important relatif à la mémoire de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. Cet ensemble est en grande partie composé de documents provenant de l’abbé Henri Grégoire (1750-1831). Célèbre pour son activité politique pendant la Révolution Française, évêque constitutionnel du Loir-et-Cher, il fut député aux États généraux de 1789 et membre de plusieurs assemblées révolutionnaires. Il fut surtout l’un des premiers à œuvrer pour l’abolition de l’esclavage. Aimé Césaire a pu le qualifier de « premier militant anti-colonialiste » et de « premier réfutateur du racisme ». A sa mort il a légué à la Bibliothèque de l’Arsenal sa collection d’ouvrages sur la traite, l’esclavage, les colonies et le combat abolitionniste dont il fut le promoteur.

Le fonds Abbé Grégoire de la BnF, Bibliothèque de l’Arsenal comprend environ un millier de livres et de brochures qui traitent principalement de l’esclavage et de sa première abolition dans les colonies françaises en février 1794 (rétabli en 1802, l’esclavage sera définitivement aboli en France en avril 1848). Il comporte entre autres des livres écrits et publiés par l’Abbé Grégoire lui-même, à l’image de son texte de combat : De la traite et de l’esclavage des noirs et des blancs, par un ami des hommes de toutes les couleurs en 1815. En 1814, la France signe avec l’Angleterre un traité lui permettant de poursuivre cette activité coupable. En cette circonstance, l’abbé Grégoire proteste publiquement contre la traite et l’esclavage, entretenus par la cupidité des colons français et le silence complice des hommes de lettres. Au fil du temps, le Fonds Abbé Grégoire de l’Arsenal a pu s’enrichir d’objets emblématiques du combat en faveur de cette abolition, montrant la dimension criminelle et contraire aux droits de l’Homme de la traite. C’est à cette fin que la chaîne d’entrave d’esclave est entrée dans les collections. Hippolyte Carnot tenait cet objet de l’ancien secrétaire de la Société abolitionniste. Il en fit don au milieu du XIXe siècle à l’Arsenal. Cet objet rare, témoin muet de la souffrance des hommes, a ainsi trouvé au sein du fonds de l’Abbé Grégoire conservé par la BnF, toute sa place et tout son sens dans un lieu emblématique de la pensée des Lumières et de la Révolution. Ce livre et cet objet méritent aujourd’hui d’être redécouverts par un public élargi. Ils sont la preuve que le combat contre la traite et l’esclavage sont aussi anciens que la République.

39 pièces de la BnF pour le plan « Culture près de chez vous »

Le livre de l’Abbé Grégoire et la chaîne d’entrave qui seront exposés au musée de la marine de Loire font partie de la liste des 39 pièces que la BnF propose à l’itinérance dans le cadre du plan « Culture près de chez vous ». Elles figurent dans le Catalogue des désirs du ministère de la Culture, qui rassemble une sélection de près de 500 œuvres iconiques issues des collections nationales et destinées à circuler en France. Les 39 documents patrimoniaux choisis par la BnF dans ce cadre reflètent la diversité et la richesse de ses collections : la sélection comprend des pièces exceptionnelles, de l’Antiquité grecque et gallo-romaine au Moyen âge jusqu’aux époques moderne et contemporaine. Des manuscrits et livres rares et précieux de Jean-Jacques Rousseau à Charles Fourier puis Léopold Sedar Senghor, Aimé Césaire ou Edouard Glissant ; des objets – médaillons, coupes, vase… – de Ligier Richier, Jean Court, David d’Angers ; des estampes et photographies de Félix Nadar, Pablo Picasso… Sans oublier des cartes exceptionnelles, imprimées ou manuscrites permettant la mise en valeur des territoires ; des documents juridiques témoignant de l’histoire des luttes contre les discriminations raciales ou religieuses. Une photographie de Gérard Philipe, la « robe fétiche » d’Edith Piaf, un manuscrit autographe de Charles Gounod ou l’enregistrement du Ring de Wagner, permettent d’évoquer les arts du spectacle et plus largement la culture dans ses liens avec l’histoire du pays.

Comments